En un an, un simple apiculteur amateur a capturé près de 3 000 frelons asiatiques dans son jardin. Ce chiffre choquant pourrait n’être qu’une statistique de plus… mais il cache une vérité alarmante. Derrière chaque frelon attrapé, c’est un pan entier de notre biodiversité qui vacille. Les abeilles disparaissent, les jardins se taisent, et avec eux, une partie de notre avenir écologique.
Un bond inquiétant : de 24 à 3 000 frelons en un an
À Manhay, en Wallonie, un apiculteur passionné a vécu un basculement. En 2024, ses pièges n’avaient capturé que 24 frelons asiatiques. Un an plus tard, il en comptait environ 3 000. Une multiplication par plus de 100 qui sonne comme un signal d’alerte.
Comment expliquer une telle explosion ? Plusieurs facteurs convergent :
- Hivers plus doux, favorisant la survie des reines
- Cycles de reproduction plus fréquents, dans des conditions climatiques favorables
- Absence de prédateurs naturels efficaces contre cette espèce invasive
Résultat : au plus fort de la saison, l’apiculteur a vu jusqu’à 80 à 120 frelons capturés par jour sur un seul piège. Et cela, pour seulement deux ruches !
Une menace bien plus large que pour les abeilles
Le frelon asiatique (Vespa velutina) est un prédateur redouté des abeilles. Un seul individu peut tuer plusieurs dizaines d’abeilles chaque jour. À ce rythme, les ruches se vident, la production de miel chute, et les colonies s’effondrent.
Mais ce n’est que la partie visible. Car ces frelons dévastent d’autres insectes essentiels à l’équilibre naturel :
- Papillons nocturnes, nuisibles au jardinier… mais cruciaux pour la pollinisation
- Chauves-souris insectivores, qui perdent leurs sources de nourriture
- Oiseaux, dont le régime alimentaire se fragilise avec la disparition des insectes ailés
Chaque disparition entraîne une réaction en chaîne. Moins de pollinisateurs, c’est moins de fruits, moins de végétation, et in fine une baisse de la biodiversité qui rend les écosystèmes instables.
Quand la lutte individuelle ne suffit plus
Oui, installer un piège dans son jardin peut aider. Mais quand la population de frelons explose, ces gestes isolés deviennent insuffisants. Le passage brutal de 24 à 3 000 captures en est la preuve.
Pour répondre à une telle invasion, il faut agir ensemble :
- Signaler les nids suspectés aux autorités locales
- Faire appel à des professionnels pour détruire les nids en toute sécurité
- Coordonner les interventions à l’échelle de la commune ou de la région
En Wallonie, ce travail collectif s’organise déjà. Des plateformes comme butine.info permettent de signaler les foyers de frelons. L’observatoire de la biodiversité, quant à lui, alerte sur les tendances inquiétantes relevées sur le terrain.
Que peut-on faire concrètement ?
Pour éviter que les frelons n’envahissent totalement nos villages, nos jardins et nos forêts, chaque geste compte. Voici les actions essentielles à mettre en place dès maintenant :
- Installer des pièges ciblés autour des ruchers dès le printemps, période critique pour piéger les reines fondatrices
- Repérer rapidement les nids (en hauteur, souvent dans les arbres) dès les premiers signes
- Former les citoyens à reconnaître le frelon asiatique (noir, avec pattes jaunes, plus petit que le frelon européen)
- Ne jamais détruire un nid soi-même, pour des raisons de sécurité et d’efficacité
Un acte local, un impact global
L’histoire de cet apiculteur n’est pas une anecdote isolée. C’est le reflet d’un basculement rapide et massif. La nature nous envoie un message, et chaque saison compte.
Que vous soyez jardinier amateur, parent inquiet ou simple amoureux de la nature, vous avez un rôle à jouer. Dans cette bataille silencieuse, les gestes individuels renforcent les actions collectives. Et ce sont ces efforts conjugués qui permettront peut-être, demain, de réentendre le bourdonnement apaisant des abeilles au fond du jardin.




