Des milliers de salariés en France découvrent aujourd’hui qu’ils ont perdu, parfois pendant des années, des jours de congé lorsqu’ils étaient en arrêt maladie. La loi vient tout juste de changer en 2024. Et elle pourrait avoir un impact énorme sur vos droits.
Une réforme attendue depuis plus de 15 ans
Depuis 2009, le droit européen reconnaît le droit à des congés payés même en cas d’arrêt maladie. Pourtant, la loi française est restée figée. Elle ne reconnaissait les congés qu’en cas de « travail effectif ». Résultat : si vous étiez malade, vous pouviez tout simplement perdre vos congés.
Ce décalage entre la France et l’Union européenne est resté ignoré pendant des années. Malgré des décisions précises de la Cour de justice de l’Union européenne, rien n’a changé jusqu’à l’intervention de la Cour de cassation française en 2023.
Ce revirement reconnaît enfin que les congés sont un droit autonome, qui ne dépend plus uniquement du temps passé au travail. Une avancée historique. Mais aussi un révélateur inquiétant d’un long retard dans la protection des salariés.
Quels sont les nouveaux droits concrets ?
Depuis la réforme, les salariés peuvent désormais :
- Reporter leurs congés s’ils tombent malades pendant leur période de congé.
- Conserver leurs jours non pris, même sans avoir repris le travail entre-temps.
Mais attention, plusieurs conditions s’appliquent :
- Prévenir son employeur dès que possible.
- Fournir un justificatif médical clair et valable.
- Prendre les congés reportés dans les 15 mois suivant l’année où ils ont été acquis, sinon ils seront perdus.
Ce cadre plus souple protège mieux la santé des salariés. Il permet d’éviter qu’une maladie, comme un cancer ou un accident, n’efface leurs droits à se reposer plus tard.
Un changement favorable aussi pour les heures supplémentaires
La réforme ne s’arrête pas là. Elle touche également au calcul des heures supplémentaires, un point souvent négligé mais crucial pour les revenus.
Avant, seuls les jours de « travail effectif » comptaient pour dépasser le seuil des 35 heures par semaine. Désormais, les jours de congés payés sont intégrés dans ce calcul. Cela change tout, notamment pour les salariés à temps partiel.
Ces derniers, souvent des femmes avec des plannings fragmentés, pourront enfin toucher des majorations même pendant des semaines de congé. Une avancée saluée par les syndicats, qui dénonçaient depuis longtemps une inégalité silencieuse.
Mais tout n’est pas réglé pour autant
Malgré les progrès, de nombreuses injustices subsistent. Par exemple, si vous tombez malade en dehors du travail, vous n’acquérez que 2 jours de congé par mois. En cas d’accident du travail, c’est 2,5 jours. Une différence qui continue d’alarmer les organisations de défense des droits sociaux.
Autre problème : la rétroactivité de la réforme. Certains salariés veulent faire valoir leurs droits sur les années passées. Mais cela implique des démarches longues, techniques, et parfois même des recours juridiques. Et les employeurs redoutent une vague de régularisations coûteuses, en particulier dans les petites structures.
Des incertitudes pour les salariés à horaires variables
Les situations complexes – temps partiel, plannings irréguliers, contrats courts – posent des problèmes importants. Les logiciels de paie doivent être mis à jour. Les accords collectifs doivent intégrer ces nouveaux dispositifs. Et pour l’instant, tout cela reste très flou.
De nombreux salariés ne savent pas quoi faire, ni si leur situation est concernée. D’où l’importance de suivre de près les consignes transmises par les RH ou les représentants syndicaux. La réforme est là, mais sa mise en œuvre concrète est parfois difficile à comprendre.
Un combat long entre l’État, le patronat et les salariés
Pourquoi la France a-t-elle attendu aussi longtemps pour appliquer un droit européen aussi fondamental ? C’est une combinaison de craintes économiques pour les entreprises, et de complexité administrative pour les gouvernements successifs.
Ajoutez à cela une certaine méfiance vis-à-vis de Bruxelles, et vous avez la recette d’un blocage de 15 ans. Pendant ce temps, ce sont les salariés qui ont payé le prix fort du retard. Certains ont perdu des semaines de congés, sans même savoir qu’ils auraient pu les réclamer.
Et maintenant, que pouvez-vous faire ?
Si vous avez été en arrêt maladie ces dernières années, vous pouvez :
- Vérifier si des jours de congé vous ont été supprimés.
- Demander leur régularisation auprès de votre employeur.
- Contacter un délégué syndical ou un avocat si vous avez besoin d’aide.
Chaque dossier est unique. Mais votre témoignage peut aussi servir à faire avancer les droits des autres. En partageant votre situation, vous aidez d’autres salariés à comprendre ce à quoi ils ont droit.
Et si vous connaissez quelqu’un concerné par cette réforme, n’hésitez pas à lui transmettre ces informations. Dans beaucoup de cas, cela peut vraiment changer la donne, et parfois même rattraper plusieurs années de droits oubliés.




